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[Event Halloween] Concours d'OS

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Messages : 55
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MessageSujet: [Event Halloween] Concours d'OS Dim 1 Oct - 0:08
Concours d'OS qui font peur


Bonjour mes enfants et bienvenue à ce concours!

Le but
Pour ce concours vous devez écrire un OS (One shot, une histoire en un seul chapitre quoi) dans l'esprit d’halloween et du forum! Que l'ambiance soit effrayante, angoissante ou oppressante, faites ce que vous voulez du moment que ça fasse peur. Il n'y a pas de limite de mots, ça peut être très court comme être un énorme pavé, on juge la qualité et pas la quantité.

Comment participer?
Il suffit de poster à la suite de ce sujet un message pour dire que vous participez. Vous devrez ensuite éditer votre message pour poster votre OS. Vous avez jusqu'au 31 octobre, la fin de l'event, pour poster, suite à cela le concours sera terminé. Toute personne n'ayant pas posté dans les temps sera disqualifiée.

Les résultats
Le 1er novembre, un sondage sera posté pour vous permettre de voter pour votre OS préféré. Vous pouvez voter pour vous même mais essayez de rester objectifs. Celui qui aura le plus de votes gagnera les 30 golds mis en jeu, le coup de coeur du staff recevra aussi cette somme.

Bonne chance à tous les participants!
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Chevalier
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Messages : 37
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MessageSujet: Re: [Event Halloween] Concours d'OS Dim 1 Oct - 1:03
A propos
Un récit qui se déroule dans un univers alternatif, où Zeael et Liam n’ont jamais eu la chance de se connaître. Alors que les pas de l’un l’ont tout de même amené jusqu’à l’Ordre des Chevaliers, l’autre a eu un destin plus tragique. Leur rencontre signifiera le début de la fin…



  • Halloween
  • Anges Déchus
  • Halloween
  • Chevaliers
  • Prisme
  • Halloween
  • Manoir
  • Halloween
Dédicaces
Le Fiancé Perdu/!\ Je tiens à préciser, vis-à-vis de l’histoire originale de Liam, que ce dernier a accepté sa bisexualité depuis longtemps au moment où se déroule ce petit OS. /!\

PS : J’ai utilisé le nom d’un prédéfini ici, mais c’est juste pour faire un petit peu de propagande pour eux et inRP, William ne le connait sans doute pas, du moins pour l’instant. Quant à Joshua, c'est un futur prédéfinis en préparation ~

PPS : Hommage à Zaza, qui va mourir devant la lecture de ce post. Reste en paix. Amen.
(Et désolée d’avance ma belle, mais tu sais que je t’aime beaucouuuuuup)

PPPS : A mon modèle Red, j’espère ne pas te décevoir ~ lèche Red quand il passera par ici pour lire

PPPPS (Promis, c’est le dernier) : Spécial dédi’ à Artémis qui est le plus fabuleux des chasseurs de poulpatas, aussi beau et précieux que de l’or, mais qui est aussi très petit… Keur-keur sur toi ♡


Le Fiancé Perdu

Un matin d’Hiver, alors que le froid englobait toute la ville d’Ayame et s’insinuait dans les manteaux chauds des habitants jusqu’à glacer leurs os, deux amis se retrouvèrent dans un vieux pub. À l’intérieur, on pouvait entendre un léger bruit de fond matinal. Un poêle crépitait dans un coin de la salle, sur lequel une petite marmite de cuivre laissait déborder l’eau qui bouillait pour le thé. Les clients bavardaient tranquillement. De temps en temps, la porte s’ouvrait avec un léger grincement et laissait entrer un nouveau venu se plaignant de la saison, apportant avec lui un courant d’air frais. Dehors, le vent hurlait et agitait les branches du vieux chêne qui martelaient la vitre de la fenêtre. William Taylor, jeune chevalier d’une vingtaine d’années, accompagné de Cassim Maat, un de ses plus fidèles amis et collègues au sein de l’Ordre, semblait un peu agité et troublé par une récente aventure qu’il s’apprêtait à confier. Ce jeune homme à la carrure imposante, à l’habitude jovial et plein d’énergie, avait ce matin-là le teint pâle et les yeux cernés de grosses valises bleues violacées, comme s’il avait passé une très mauvaise nuit. Il se mit à raconter à Cassim qu’il avait fait la rencontre d’un jeune ange étrange quelque temps auparavant dans le même pub… 

« Tout a commencé ce mercredi, le 9, il me semble… J’étais ici même, assis à la table que tu vois là-bas, et je sirotais une bière après mon service, comme d’habitude. Il était plutôt tard, et il ne restait que les clients qu’on voit toujours. Jusqu’à ce qu’un ange inconnu aux yeux de couleurs différentes, l’un bleu magnifique, envoûtant, l’autre noir profond, comme un puit qui pourrait aspirer l’âme d’un malheureux qui oserait plonger dedans. Son regard étrange et pénétrant a balayé la pièce puis s’est arrêté sur un garçon de notre âge, un Chevalier de l’Ordre et habitué du bar. Sans hésiter, il est allé s’asseoir en face de lui. Comme je m’ennuyais, je me suis amusé à observer attentivement le couple : le bel ange portait des vêtements sombres et d’une certaine classe, sans doute un Noble. Et ce qui m’a le plus marqué, je pense, c’était cette couronne d’épines qu’il portait délicatement posé sur ses cheveux bleu clair. Drôle de choix pour un accessoire… Ses gestes étaient doux et languissants, sa voix grave. Il lançait à son compagnon des regards charmeurs et prolongés qui mettaient visiblement son compagnon de table mal à l’aise. J’avoue que sur le coup, j’enviais assez cet homme à qui était destiné ce numéro de charme. Ça devait faire trop longtemps que je n’avais pas eu de conquête… Enfin bref, quoi qu’il en soit, j’ai continué de les épier discrètement. Malgré les bavardages parasites autour de moi, j’ai parfaitement entendu cet ange prononcer ces mots : « Ce manoir a été construit par mes parents il y a très longtemps… ». Une quinzaine de minutes plus tard, ils sont partis ensemble. 

Le lendemain soir, après une autre dure et longue journée de travail, je suis revenu ici pour me détendre. Les mêmes clients étaient assis aux mêmes tables, à l’exception du jeune homme que j’avais observé la veille en compagnie de cette étrange créature ailée. Le barman, surprit, fit remarquer au garçon de café l’absence inhabituelle de ce client régulier. Était-il malade ? Avait-il eu un empêchement ? J’ai pensé qu’il avait juste une nuit à faire en remplacement. Tout à coup, le carillon de la porte a retenti, j’ai tourné la tête : c’était lui ! Il a à nouveau balayé la salle du regard et s’est approché d’un autre Chevalier. J’assistai à la même scène que la veille, mêmes gestes, mêmes regards, même allusion au manoir qu’il avait évoqué. Tout comme la veille, les deux jeunes gens ont quitté la salle peu de temps après. Figure-toi que ce manège s’est reproduit à l’identique les deux jours suivants ! À chaque fois, le bellâtre repartait avec un homme différent, et toujours aucune nouvelle de ses précédents prétendants.

Le vendredi 13 au soir, aux alentours de 21 heures, l’ange se trouvait à nouveau sur le pas de la porte et cherchait des yeux une nouvelle proie. Je me désintéressai de lui maintenant que j’avais compris son manège de séducteur. Tu sais bien que c’est moi qui séduit et pas l’inverse, la plupart du temps. Et pourtant… Ce soir-là, c’est moi qu’il fixait tout en s’approchant. Je me sentais de plus en plus mal à l’aise à chacun de ses pas. Lorsqu’il s’est assis en face de moi, j’ai pris peur, son aura était assez maléfique. C’est la première fois que j’y prêtais réellement attention, mais il n’avait pas d’auréole et ses plumes étaient aussi sombres que son œil gauche. Il n’avait pas changé de tenue, et sa respiration difficile, comme entrecoupée, le rendait plus étrange encore ; mais son parfum léger était délicieux, agréablement sucré et endormait mes inquiétudes… C’est lui qui a lancé la discussion :
« Bonsoir, je m’appelle Hagielzeael. Mais Zeael suffira pour toi… C’est quoi ton petit nom ? », m’a t’il dit dans un murmure, alors qu’il dessinait des petits ronds sur la peau de mon avant-bras avec son index. Sur le coup, je n’ai pas su quoi répondre tant sa voix grave me laissait perplexe. J’ai bégayé mon nom et c’est tout ce que j’ai pu dire. Pour le reste, c’est lui qui a parlé… J’étais vraiment comme dans un état second, et quelque chose en moi me hurlait de ne pas me laisser avoir. Mais je ne sais pas pourquoi je l’ai suivi lorsqu’il m’a proposé de venir boire un dernier verre dans son fameux manoir. À la sortie du pub, un fiacre nous attendait. Deux pégases noirs aux yeux phosphorescents renâclaient, un étrange cocher aux yeux rouges et vêtu de noir également tenait les rennes en attendant silencieusement les passagers. Zeael s’est engouffré le premier dans la voiture ; quant à moi, j’ai hésité un instant avant de me laisser convaincre par son regard hypnotique.

Après un trajet qui m’a paru assez long et qui nous a amené plutôt loin de la ville, nous sommes descendu devant un sombre manoir, sous une pluie torrentielle. Un éclair m’a permis de voir un peu mieux le paysage aux alentours et j’ai aperçu les quelques pierres tombales d’un cimetière voisin. J’ai même cru entrevoir la Mort en personne, immobile et tenant sa Faux… Mais ce n’était qu’un vieux hêtre mort aux branches dénudées. J’ai pensé que c’était l’excès d’alcool qui me jouait un tour. Une fois à l’intérieur du manoir, Zeael m’a conduit dans un grand salon et m’a laissé seul, le temps de se changer. J’étais plutôt content de la tournure des évènements et de la nuit qui s’annonçait. Alors en attendant la récompense, j’ai regardé un peu partout. La salle dans laquelle je me trouvais était assez étrange : les meubles étaient anciens et couverts de poussière, les rideaux, vieillis par le temps, arrachés, étaient d’un rouge sale et il y régnait une forte humidité qui me faisait frissonner. Quelques bougies diffusaient une faible lueur, ainsi qu’une cheminée où brûlaient les restes d’un feu mourant. Tout à coup, les flammes ont diminué, un vent glacial a envahi la pièce. Encore une fois, j’ai cru voir l’ombre de la Mort glisser le long du mur qui faisait face à la fenêtre. J’en ai eu le souffle coupé et je n’ai retrouvé ma respiration que lorsque je me suis rendu compte, en osant enfin regarder par la fenêtre, que ce n’était que le cocher qui passait, muni d’une lampe-tempête et d’une pioche, devant le vieil arbre dont l’ombre projetée sur le mur du salon semblait se déplacer. À peine rassuré, un bruit métallique a attiré mon attention vers la porte par laquelle Zeael était parti quelques minutes plus tôt. À travers les ténèbres, j’ai pu voir qu’il était là, les vêtements ainsi que certains endroits de sa peau en lambeaux, et des chaînes comme arrachées d’un mur, entravants ses pieds et ses mains, encore reliées à un large collier qui l’empêchaient de parler librement. Sa couronne de ronces était renfoncée sur son crâne, et un filet de sang séché avait dégouliné de ses tempes. 

Alors que je faisais un pas vers lui, horrifié par la scène que j’avais sous les yeux, les flammes de la cheminée dans mon dos se sont ravivées subitement. Une autre voix s’est élevée dans la pièce, étrangère et menaçante, qui m’a fait froid dans le dos. « Enfin, je t’ai retrouvé, toi, le Chevalier qui a volé le Coeur de mon cher et tendre… Tu vas enfin payer pour ce que tu nous as fait. » Agenouillé près de Zeael, j’ai juste eu le temps de me retourner pour apercevoir le visage d’un autre ange déchu, avec un air de profonde haine accroché au visage et une épée au-dessus de la tête, prête à fondre sur moi. La suite reste assez floue dans mon esprit… Je me souviens de la voix étouffée du pauvre malheureux me hurler de fuir, sa main sur mon épaule et de cette lumière aveuglante. Et enfin, je me suis réveillé.

Ce n’était qu’un cauchemar ! Mais plus vrai que nature ! J’étais couvert de sueur, tout tremblant de peur. J’ai regardé par la fenêtre du dortoir, il devait être minuit. Je n’arrivais pas à me rendormir, j’avais trop peur de fermer les yeux. Deux heures plus tard, j’étais toujours éveillé et hanté par le visage tuméfié de ce Zeael. Quand le jour s’est enfin levé, j’avais retrouvé mon calme, et le cauchemar que j’avais eu me faisait presque sourire. Rien de tout cela n’avait été réel. Je me suis levé, habillé, et j’ai prit mon service, puis plus tard, je suis venu te rejoindre au pub. 
Dis-moi… Comment l’esprit d’un homme endormi peut-il concevoir une telle histoire ? 
- Surtout quand l’homme en question, c’est toi, tu veux dire ? »

Les deux amis se mirent à rire devant la remarque de Cassim, puis commandèrent de quoi manger. La conversation s’attarda encore un moment sur le cauchemar de William, sur ce pauvre et magnifique ange détruit par celui qui semblait être un mari en colère. Tout à coup, le carillon retentit et la porte de pub s’ouvrit en grinçant. William put voir entrer un jeune homme ailé entré dans le bar… Mais en regardant plus attentivement son visage, il dut reconnaître qu’il ressemblait à s’y méprendre à l'ange de son cauchemar. Il avait le même regard énigmatique aux yeux vairons ! Quand il les tourna vers lui, un frisson parcourut le dos du jeune homme. C’était bien le même visage ! Et quand leurs regards se croisèrent, l’ange eut l’air de le reconnaître lui aussi, un peu paniqué. Il lui fit un signe de la tête de le rejoindre dehors et s’enfuit du bar presque en courant. Liam resta ainsi pendant quelques instants, à fixer la porte fermée. Même en imaginant que l’alcool lui avait fait oublié ce qu’il s’était réellement passé la nuit dernière et changé ses souvenirs en cauchemars, certaines parties de cette histoire restaient à éclaircir. Il s’excusa auprès de son ami et rejoignit l’ange bleu à l’extérieur. 
~

William quitta donc la chaleur confortable et accueillante du pub pour la fraîcheur d’une rue peu fréquentée en pleine saison froide. Il remonta rapidement le col de sa veste une fois la porte fermée, et chercha des yeux le fameux ange. À quelques pas de là, il était dos à lui. Liam nota tout de suite un contraste saisissant dans l’apparence de ce dernier : sa tenue était pourtant exactement la même, mais les couleurs semblaient ternies. Son visage était fermé, ses cheveux dans tous les sens et sa peau d’une pâleur cadavérique, au point où on aurait pu se demander s’il n’était pas transparent. Et un détail que notre Chevalier nota également, sa couronne d’épines avaient étaient échangée contre une autre, de roses fanées. En bref : à des années-lumières de la vision du Zeael charmeur et apprêté de la veille. Le plus étonnant restait son comportement, ses yeux vides, son regard fuyant qui vérifiait chaque recoin autour de lui, et ce tic de tordre ses mains dans tous les sens. Aucune assurance, presque terrifiée. À un moment, Liam aurait juré le voir trembler. 

« Zeael, c’est bien ça ? Qui es-tu et que s’est-il réellement passé la nuit dernière ? Ce n’était qu’un cauchemar pas vrai ? Réponds ! » 

L’angoisse provoquée par la réalité montait petit à petit chez notre Chevalier, qui s’était approché de l’ange et le tenait par les bras, à la limite de le secouer pour entendre le son de sa voix ou capter ne serait-ce qu’une seconde son regard. Lorsque leurs yeux se rencontrèrent enfin, Zeael sembla plus gêné qu’effrayer, il tenta de formuler une réponse, bafouilla quelques mots sans aucun sens, mais aucune phrase logique n’émergea de cette tentative. Il recula finalement, fixa un point imaginaire sur le sol et dit ce qu’il avait à dire, à toute vitesse. 

« Rien du tout, tu étais totalement ivre. Je suis simplement venu pour te demander une chose : ne reviens jamais au manoir. Oublie-le, oublie ce que tu crois avoir vu, oublie-moi. » 

Puis il fit volte-face, prêt à partir, laissant Liam dans le désarroi le plus total. Lui qui s’attendait à des explications, rationnelles si possible, voilà qu’on venait simplement lui dire de ne pas se souvenir. Mais pour un preux Chevalier tel que lui, courageux et avec des valeurs, il ne pouvait interpréter les paroles de Zeael que comme un appel au secours. Quoi qu’il se passe dans ce manoir lointain, c’était assez horrible pour traumatiser ce pauvre ange bleu. Il ne pouvait pas l’abandonner à son triste sort, et si ce qu’il prenait pour un mauvais rêve était bel et bien réel, alors il était en danger. Un vague souvenir d’un visage menaçant et d’un Zeael attaché et traité comme un animal lui revint subitement.

« Attends ! » 

Liam tenta de rattraper le bleuté, déjà arrivait au bout de la rue. Il ne pouvait définitivement pas le laisser dans cette situation sans intervenir. Au moment où Zeael allait disparaître à un tournant qui menait à une des avenues principales de la ville, il accorda un dernier regard bleu azur à Liam, perlé d’un diamant au coin de l’œil, qui dévala sa joue une seconde plus tard. La suivante, William arriva au centre-ville, mais déjà plus aucune trace de l’ange bleu. Comme s’il s’était évaporé, sans doute dans la foule. 

Encore plus déterminé que le matin-même, William avait décidé de faire quelque chose, à la nuit tombée, bravant les consignes que Zeael lui avait donné. L’unique larme qu’il avait aperçue de loin l’avait convaincu : et il allait chercher des réponses. Il s’était donc rendu au manoir à pied, ce qui lui avait pris une éternité. Il avait sous-estimé la distance qu’il avait parcourue en calèche la dernière fois, et cette bâtisse était réellement excentrée de toutes âmes vivantes. Peut-être était-ce dû à sa consommation abusive d’alcool de la veille, mais le petit château avait beaucoup moins d’allure que dans ses souvenirs. Les lieux semblaient abandonner, comme si la nature avait repris ses droits, les lierres envahissaient chaque petit espace de façade. Le cimetière juste à côté paraissait encore plus épouvantable et le tout baignait dans une atmosphère oppressante qui ne plaisait pas du tout à notre Chevalier en armure. Il serra par réflexe la garde de sa précieuse épée. 

Après une brève inspection de loin, il put déterminer un plan d’action et décida de passer par une des fenêtres. Pour l’atteindre sans emprunter le chemin principal et se faire repérer, Liam entreprit de couper en passant au milieu des tombes. L’idée ne l’enchantait pas vraiment, mais les morts ne pouvaient pas lui faire de mal, ni l’atteindre de là où ils étaient. Il marcha un peu au hasard, soucieux du bruit qu’il pouvait faire et n’hésitait pas à faire de longs détours. Au centre du cimetière, se tenait une des plus imposantes pierres commémoratives, sans doute celle de la branche principale de la famille qui possédait ce territoire. Par curiosité, le Chevalier s’approcha de celle-ci et put discerner des noms graver à l’or dans un marbre des plus pur, avec au-dessus, une statue de pierre représentant 2 anges entrelacés.

« A mon fiancé perdu, 
Nous voici réunis à jamais, 
Ton plus fidèle Amour,
Joshua King.
 » 

Juste en dessous de cette épitaphe, un autre nom, surmonté d’une couronne de fleurs attira l’attention de William. Horrifié par ce qu’il venait de lire et qu’il ne pouvait expliquer, il fit un pas en arrière. Après ça, le trou noir.
~

Le réveil fut douloureux. Doucement, Liam éclaircit son esprit, s’assura d’être à peu près entier - il ne lui manquait visiblement rien d’important - et analysa son environnement. Il était attaché par les poignets et les chevilles par ce qui lui semblait être les mêmes chaînes qui avaient entravées Hagielzeael dans son cauchemar, elles-mêmes reliées à un gros anneau fixé sur le mur derrière lui. Assis sur le sol, ses mouvements étaient vraiment très limités, et évidemment, sa chère épée n’était plus dans son fourreau. Il jura, se débattit de toutes ses forces dans le vide avant de se résigner : cette histoire-là ne se résoudrait pas par la force. 

D’ailleurs, Liam comprit trop tard que son plan initial était en plus d’être inefficace, une mauvaise idée niveau discrétion. Il avait fait énormément de bruit, et c’était sûrement à cause de cela qu’il avait attiré quelqu’un. Cette personne était en train de tourner une clé dans la serrure de la porte de son cachot, juste en face de lui. Et il avait beau réfléchir, dans l’immédiat, il était coincé. Il ne pouvait que faire face à son bourreau… 

Heureusement pour lui, la seule chose qui dépassa de la porte entrouverte fut une petite tête bleue que le Chevalier commençait à connaître. L’ange entra finalement en prenant soin de bien refermer derrière lui, avec quelques difficultés néanmoins puisqu’il avait les mains tremblantes. Il s’avança vers Liam avec le trousseau de clés, et retira doucement chacune des chaînes qui l’entravait sans prononcer aucun mot, ni même oser le regarder. Ils sortirent tous les 2 et parcoururent le manoir vide dans un silence pesant. Au fur et à mesure qu’ils avançaient, Liam reconnu les endroits par lesquels ils passaient. Tout, autour d’eux, était différent de ses souvenirs. Pourtant, rien n’avait bougé de place, mais chaque chose semblait être altérée par le temps.

Une fois arrivés près de l’entrée de la demeure, l’ange laissa passer le Chevalier devant lui, en lui tenant la porte. Ensemble sur le perron, ils s'échangèrent un long regard, toujours sans rien dire. Ce fut finalement Zeael qui prit la parole en premier.

« Adieu, Liam. Tu dois partir maintenant, et vite. 
Est-ce que c’est de ton fiancé que tu veux me protéger ? Joshua ? Mais qu’est-ce qu’il a bien pu te faire ? »

Liam put voir Zeael pâlir dangereusement sous ses yeux, pour prendre un teint encore plus cadavérique que précédemment, sa peau aurait presque pu être transparente. Son visage changea à nouveau de couleur pour s’empourprer en une fraction de seconde, avant de reprendre avec colère : 

« Ne complique pas les choses ! Je t’avais dit de ne pas t’en mêler et qu’est-ce que tu fais juste après mes avertissements ? Oh, oui, tu fais tout le contraire ! Va-t-en d’ici, tout de suite avant qu’il n’arrive ! … Je t’en prie, ne le laisse prendre une autre vie, à cause de moi… finit-il, presque en sanglot.
Je… Zeael, dis moi la vérité s’il-te-plaît. Je m’en irais ensuite et je ne reviendrais jamais, je te le promets. » 
L’ange hésita un moment, fit quelques pas pour se calmer lui, les tremblements de sa voix et de ton son corps, puis se passa une main sur son visage fatigué. Dos à Liam et face à la porte, il commença son récit.

« Je n’ai jamais connu le bonheur. Dès mon enfance… Mais je n’ai pas le temps de te raconter cette part-là de ma vie. Quoi qu’il en soit, à ma majorité, mes parents ont décidé de me trouver un mari, pour se débarrasser de moi. Mon mariage a été arrangé très vite puisqu’un homme s’est proposé de lui-même. Il s’appelait Joshua, et même s’il était déchu et que mon union avec lui me ferait perdre ma pureté à moi aussi, mes géniteurs n’ont même pas hésité. Je pouvais bien aller en Enfer, tant que j’étais le plus loin possible d’eux. 

À peine fiancé, j’ai été envoyé à son manoir. La vie avec lui m’a paru tellement douce au début… Il me couvrait d’attentions, de cadeaux, de petites marques d’affection. Je pensais que mon calvaire était enfin terminé. J’avais tord. Plus la date du mariage approchait, plus son comportement changeait. Il s’impatientait, il voulait que je lui appartienne totalement, pour de bon. Il devenait de plus en plus possessif et jaloux. Il a souvent failli se battre avec des personnes qui m’observaient dans la rue et qui n’avaient pourtant rien demander, jusqu’à ce qu’il m’interdise complètement de sortir. Ensuite, il a fait renvoyer tout le personnel du manoir, parce qu’aucun d’eux n’était digne de ma présence, pour reprendre ses paroles. La folie s’emparait de lui toujours un peu plus, sous mes yeux. Mais je ne l’ai jamais estimé à sa juste valeur. Je n’aurais jamais pensé qu’il irait aussi loin par la suite… 

Bien évidemment, ses interdictions ne m’arrêtaient pas et je n’avais pas encore peur de lui à l’époque. Alors je sortais quand il avait le dos tourné, et je voyais mes amis, et même notre cocher. Il me faisait souvent rire… Enfin bref, Josh n’a jamais rien soupçonné. Jusqu’à ce qu’un messager apporte une couronne de roses chez nous, avec un petit mot qui disait : 

« Pour Zeael, un admirateur secret ~ »

C’est à partir de là que tout a dérapé. Mes parents ne le savaient pas et n’en avaient sans doute rien à faire, mais ils m’avaient réellement envoyé en Enfer.

Joshua est devenu fou de rage. Il a d’abord arraché chacune des pétales des fleurs, ne laissant que la base et les épines des branches, et m’a forcé et la portait ainsi. Pour que je porte la honte de sa trahison envers lui chaque jour… Puis il m’a harcelé pour savoir qui avait bien pu envoyer ça, a découvert que je faisais le mur et m’a accusé de ne pas l’aimer comme je devrais. Pour le dernier point, il n’avait pas tord. Je l’affectionnais beaucoup, comment est-ce qu’il aurait pu en être autrement quand il prenait tant soin de moi, comme personne ne l’avait fait auparavant ? Mais je ne l’ai jamais réellement aimé, je ne sais pas pourquoi. Lui, au contraire, était obsédé par moi. Son amour pour moi lui avait fait perdre la raison… C’est alors qu’il a commencé à se montrer agressif. Là encore, la situation s’est dégradée peu à peu. D’abord, il criait, chaque jour pour m’arracher l’identité de cet amoureux anonyme. Puis il a commencé à lever la main sur moi. La première fois, il s’en est voulu pendant de longs jours et s’est excusé un million de fois. Mais les coups sont revenus plus tard, plus nombreux, plus forts. Jusqu’à ce qu’il commette l’irréparable.

Un soir où il était particulièrement irrité, il a directement fondu sur moi pour se défouler en rentrant au manoir, sans même m’adresser la parole, si ce n’est les insultes que je méritais amplement selon lui. Alors que je n’en pouvais plus, épuisé de douleur sur le sol et une énième tenue en lambeau, j’ai inventé cette histoire de Chevalier. Je voulais tellement que cette souffrance quotidienne s’arrête… Je lui ai dit que mon admirateur était un membre de l’Ordre, mais que je ne connaissais pas son nom. J’espérais qu’il me laisserait tranquille, au moins le temps de retrouver celui qui m’avait volé à lui.

Sa réaction était bien pire que tout ce que j’aurais pu imaginer. Il m’a attrapé par mes précieux cheveux et m’a traîné jusqu’à ce cachot où tu te trouvais. Il m’a rejeté la faute dessus, m’a dit que je lui avais brisé le coeur et que je devais bien comprendre qu’il faisait tout ça pour une bonne raison : me faire comprendre sa peine. Alors il m’a jeté au sol et m’a hurlé que je lui appartenais totalement et que personne ne pourrait se mettre entre nous, pas même un Chevalier ou qui que ce soit d’autre. Et il a pris possession de moi, m’arrachant toute ma pureté au passage, littéralement. Il a abusé de moi. J’étais tellement à bout que je ne me suis même pas débattu… 

Quand il a terminé son affaire, il m’a attaché au mur, comme un animal ou un moins-que-rien. Il m’a caressé les cheveux, m’a tendrement embrassé, m’a chuchoté qu’il m’aimait. Et il m’a laissé là. En quelques heures à peine, mon auréole s’est éteinte jusqu’à disparaître complètement, et mes ailes se sont assombries. Après ça, j’ai compris une chose tout aussi importante qu’effrayante. Je n’étais plus un ange, ni Hagielzeael. J’étais sa chose, et il me consommerait jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien de moi. 

Chaque soir, il recommençait : il me frappait, m’allongeait sur le sol, profitait de moi et repartait. Je pleurais toute la nuit et quand je me calmais enfin, prêt à m’endormir, il était déjà de retour. 

Mon cauchemar a duré 5 jours. Cinq longs jours durant lesquels j’ai perdu d’abord ma faculté de pleurer, puis celle de bouger, de ressentir la douleur et enfin ma capacité à penser. C’est ainsi que j’ai également perdu la vie, même si j’étais sans doute mort intérieurement depuis bien plus longtemps que ça.

Je suis désolée Zaza, je ne voulais pas déclencher tout ça, tout est de ma faute, absolument tout ce qui a pu t’arriver… interrompit une voix inconnue derrière Liam, appartenant à quelqu’un qui avait manifestement écouté une partie de la conversation.
Yel ? Mais qu’est-ce que tu racontes ? demanda Zeael surprit. 
- Je ne suis pas celui que tu penses. Mon vrai métier n’est pas de prendre soin des chevaux. Tu ne connais même pas mon vrai nom… Je m’appelle Red. Et je suis un assassin.»

Liam jura dans sa barbe alors qu’il cherchait son arme par réflexe à la révélation de cet inconnu. Après quelques secondes il reconnut finalement l’homme qui les avait amené ici, lui et Zeael, le premier soir.

« Et merde… 
Je ne sais pas ce que tu comptais faire avec une épée contre moi, mais crois-moi, on ne me bat pas sur mon propre terrain. assura-t-il en croisant les bras, un air supérieur sur le visage qui piqua la fierté de notre Chevalier.
Ça suffit ! intervint l’ange en se plaçant entre les 2 antagonistes. Yel… Ou Red, peu importe. Explique toi. 
Très bien… On m’a envoyé en mission auprès de Josh. Je devais le détruire petit à petit en tuant chacun des Nobles qu’il fréquentait en affaires et le meilleur moyen pour faire mon travail sans être pris était de l’emmener chaque fois qu’il devait voir un de ses associés. Je leur ai pris la vie à tous, un par un. Il était déjà littéralement fou de toi avant que je n’arrive dans vos vies, mais ses colères étaient peut-être amplifiées à cause de mes actions… Si j’avais su qu’il y aurait eu des conséquences sur toi, j’aurais fait quelque chose ! Et les roses. Elles venaient de moi, je les ai faites envoyer avant de rentrer à la fin de ma mission. Tu les aimais tant… » 

~

C’était une belle journée de printemps, une de celle où le soleil brillait, les oiseaux chantaient et les fleurs avaient déjà envahies toutes les parcelles. Un bel ange bleu échappé de la tour où son mari le gardait jalousement emprisonné s’était justement assis en tailleur devant l’un des rosiers du jardin. Un peu plus loin, un autre homme, beaucoup plus grand, l’observait depuis l’écurie des pégases où il travaillait. 

Red admirait Zeael plus qu’il ne l’observait. Quand l’ange était dans les parages, il avait énormément de mal à se concentrer. Rien que le fait que de le quitter des yeux quelques secondes se transformait en supplice. Au départ, l’incube comptait en faire un de ses repas, mais l’idée avait vite été abandonnée lorsqu’il avait été frappé par l’innocence et la pureté que dégageait Hagiel. À partir de ce moment-là, le bleuté était devenu quelqu’un qu’il devait protéger, à tout prix. 

Puisqu’il n’arrivait plus à travailler correctement, Red laissa tomber sa fourche et la paille qu’il éparpillait dans un des enclos pour s’approcher de Zeael. Il arriva discrètement derrière lui, lentement, pour apprécier encore un peu cette image de lui, paisible, entouré d’un délicieux parfum de fleurs. À un mètre de lui, il se pencha et posa rapidement ses grandes mains sur les beaux yeux vairons de l’ange. 

«  Devine qui s’est ! 
Yel ! » s’exclama l’ange avant d’éclater de rire. 

Le jeune homme s’installa juste à côté de Zeael et profita de ce moment. Les rayons du soleil illuminaient doucement les pommettes claires de l’ange alors que ces éclats de rires cristallins caressaient les oreilles de Red. Son soleil à lui, c’était cet ange là. Dans la vie il y a les croqueuses d’hommes, Red lui était un mangeur d’étoile. Zeael était la plus brillante d’entre toutes.

« Qu’est-ce que tu fais ici ?
- Je suis venu me ressourcer un peu. Josh m’agace ces derniers temps.
- Tiens, le fiancé idéal ne l’est plus ? plaisanta l’incube alors qu’il avait un pincement au coeur.
- Je ne reviens pas là-dessus, c’est agréable de se faire choyer. Mais il a renvoyé tous le personnel du manoir, et je n’ai plus le droit de sortir normalement. Il exagère, tu ne trouves pas ?
-  Il a peut-être simplement peur que quelqu’un lui enlève son trésor…
- Mais quand même ! bouda Hagiel.
- Tout ce que je dis, c’est que je peux comprendre. Tu es magnifique, et tout le monde doit s’en rendre compte… »

Cette fois-ci, c’est Red qui éclata de rire tandis que les joues de Zeael prenait la même teinte que les fleurs devant lui.

~

« Pourquoi tu ne m’as pas tué ? Si tu devais détruire Joshua, c’était sans doute la première étape… » 

Red revint soudain à lui, et la question de Zeael chassa tous ces bons souvenirs aussi vite qu’ils étaient venus.

« Comment est-ce que j’aurais pu faire ça ? Quand j’ai appris ta mort en revenant pour te voir quelques temps après et que je n’ai retrouvé d’autre que ta tombe, je n’ai pas pu me résoudre à continuer de vivre dans un monde où tu n’existais pas…
Quelle ironie du sort. Nous avons tous les deux quitté ce monde à cause d’un amour à sens unique trop grand. Dans une autre vie, j’aurais pu être à toi Red… »

Hagielzeael avait laissé Red s’approcher de lui, assez pour que leur front se colle. Ce moment aurait pu être aussi magique que les souvenirs de l’incube, si personne n’avait toussoté pour rappeler sa présence et s’ils n’étaient pas morts ça aurait été cool aussi
« Mais pourquoi tu l’as sauvé, lui ? demanda-t-il les sourcils froncés et les bras croisés, en désignant Liam de la tête. 
Je… Euh… 
Zaza, tu sais bien que notre seul rôle dans ce monde est de lui rapporter des Chevaliers pour que sa colère s’apaise. Il ne nous laissera jamais reposer en paix tant que sa soif de sang ne sera pas étanchée… 
Je ne pouvais pas ! Pas encore… Et il… Il…
Il est là, juste à côté ! précisa Liam en faisant de grands signes. Et il aimerait aussi savoir pourquoi on l’a sauvé. 
On ne t'a rien demandé à toi ! s’énerva Red, face au Chevalier. 
Quoi, ça t’emmerde que Zeael s’intéresse plus à moi qu’à un assassin ?
Je ne m’en fais pas. Quand Josh sera là, il s’occupera de toi et je t’enterrais avec les autres… » siffla l’incube avec colère. 
Hagiel s’interposa une nouvelle fois, paume ouverte et tournée vers chacun des garçons. Il lança un regard désapprobateur à Red, lui demanda une minute et pris Liam par la main pour l’emmener un peu plus loin, à l’entrée du domaine. 
« William, écoute moi bien. Tu sais tout maintenant, je veux que tu partes. 
Quoi ? Non ! 
Écoute, je suis mort. MORT ! Tu ne peux plus rien pour moi. 
Mais… » 

William ne put pas finir sa phrase, coupé dans son élan par un léger baiser de Zeael. Alors que le Chevalier avait encore les yeux fermés, l’ange lui souffla un « Va-t'en... » et recula. Le temps que Liam se rende compte de la situation, il n’y avait plus qu’une porte fermée face à lui, en haut des escaliers de l’entrée. C’est comme si rien de tout ceci ne s’était passé, comme après son cauchemar. Seulement, il ne se réveilla pas dans son lit, il était bel et bien dehors, devant un manoir abandonné. 

Il décida de partir, de rentrer aux dortoirs de l’Ordre, le cœur lourd. Le lendemain, il retrouva à nouveau Cassim, et lui raconta cette seconde histoire étrange, ainsi que ses doutes sur le cauchemar qu’il avait précédemment cité. Il savait que ce qu’il avait vécu été réel, pourtant son collègue ne le crut pas. Il rit d’abord, puis en comprenant que Liam était totalement sérieux, et même terrifié à cause son aventure invraisemblable, il commença à s'inquiéter.

« Will… Les revenants, ça n’existe pas, tu sais ? 
Je sais ! Mais, et ces Chevaliers disparus ?
- Qui ça ? Bon, écoute Will, tu m’as l’air épuisé, peut-être malade. Tu ferais bien de te reposer. »

Et chaque fois qu’il abordait le sujet avec quelqu’un, il avait droit aux mêmes genres de discours. La rumeur se répandit rapidement au sein de l’Ordre qu’il fréquentait sans doute un peu trop les bars. Et ce n’était pas faux : dès qu’il en avait l’occasion, il partait rejoindre ce pub où il avait rencontré Hagielzeael pour la première fois. Là-bas aussi, les habitués comme le personnel le prenait pour un fou. Seul dans son épreuve, il avait alors commençait à boire plus que de raison. Parfois, lorsqu’il était ivre, il faisait le tour du bar et demandé à chaque personne présente s’il n’avait pas vu un bel ange aux cheveux bleus. 

L’état de William se dégrada de mois en mois, et en moins d’un an, il avait perdu tous ces amis, son poste dans l’Ordre et toute sa dignité. Il ne faisait que boire, et revivre intérieurement la nuit au manoir qu’il avait passé en compagnie de Zeael, pour ne jamais l’oublier malgré l’effet de la boisson. Il était obsédé par son ange, par le fait de le retrouver. Pourtant, il n’avait jamais voulu rompre sa promesse, ou peut-être était-ce par manque de courage.
Un soir au pub, alors qu’il devait être là depuis le début de l’après-midi et avoir vidé au moins un fût complet de bière à lui tout seul, il raconta son histoire à un couple présent pour la nuit. Son haleine empestait, son état était totalement débrayé et son visage semblait avoir 10 ans de plus. Les pauvres avaient définitivement pris peur lorsqu’il avait commencé à évoquer le fait qu’il était à la recherche d’un ange décédé, un revenant. Le propriétaire des lieux, fatigués du comportement du Chevalier qui lui faisait perdre plus d’argent qu’il ne lui en faisait gagné, le jeta dehors. Il erra sans but dans les rues d’Ayame, hélant le nom de Zeael. 

Cette histoire avait irrémédiablement marqué son cœur, brisé sa vie. Jusqu’à la lui voler, ce soir même. Peut-être était-il trop imbibé d’alcool, qu’il avait bu le verre de trop. Ou bien était-ce parce que la vie l’avait trop épuisé, et qu’il s’était délibérément fait percuter par cette calèche. Personne ne le saura jamais, puisqu’il mourut sur le coup, la nuque brisé. Le seul témoin de la scène, un autre ivrogne réveillait par le bruit de l’impact, aurait juré avoir aperçu une lueur rouge dans la pénombre, juste avant que la calèche ainsi que les pégases qui la tiraient, ne disparaisse dans le brouillard. 

~

La malédiction du fiancé perdu reprit l’année suivante et toutes les autres. Cinq jours dans l’année, quand la glace commençait à recouvrir le sol, l’âme de Hagielzeael sortait de sa prison pour trouver une nouvelle victime à offrir à Joshua. Red restait dans l’ombre, attendant avec son ange la fin de leur éternel supplice.
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Prisme
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MessageSujet: Re: [Event Halloween] Concours d'OS Dim 1 Oct - 19:51
Allez je participe aussi qui ne tente rien n'a rien comme ont dit x')
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Noble
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MessageSujet: Re: [Event Halloween] Concours d'OS Lun 16 Oct - 22:46
Musique
Bohemian Rhapsody - Queen
The Good, The Bad And The Dirty - Panic! At The Disco
Mercenary - Panic! At The Disco
Crazy = Genius - Panic! At The Disco 
Let's Kill Tonight - Panic! At The Disco 
This Is Halloween - Marylin Manson
This Is The New Shit - Marylin Manson
Gorgeous Nightmare - Escape The Fate
Behind The Mask - Escape The Fate
Across The Line - Linkin Park
Gasoline - Halsey
Control - Halsey
Keep Myself Alive - The Neighborhood
Courtesy Call - Thousand Foot Crunch
You Know You Like It - DJ Snake & AlunaGeorge
Monsters - Ruelle
Hurts Too Good - Ruelle
Insane - Korn
Narcissistic Cannibal - Korn
Dead Bodies Everywhere - Korn
Love The Way You Hate Me - Like A Storm
Centuries - Fall Out Boy
Phoenix - Fall Out Boy
I'm So Sorry - Imagine Dragons
Friction - Imagine Dragons 
Monster - Imagine Dragons 
Believer - Imagine Dragons 
Apocalypse Please - Muse
Assassin - Muse
Time is Running Out - Muse
You Don't Get Me High Anymore - (reprise) Three Days Grace
Gone Forever - Three Days Grace
Time Of Dying - Three Days Grace
Take Me Under - Three Days Grace
Break - Three Days Grace
I Hate Everything About You - Three Days Grace
Get Out Alive - Three Days Grace
Pain - Three Days Grace
Animal I Have Become - Three Days Grace

Sanglante
RhapsodieRhapsodie (péjoratif,vieilli) : Ouvrage en vers ou en prose fait de morceaux divers, mal liés entre eux.
~Seth FurkharAlfin RainsworthÉlisabeth BáthoryCrimson Fuhrman~

° OS dédicacé à Seth Furkhar et Alfin Rainsworth, pour m'avoir prêté leurs personnages. :3 Crimson Fuhrman est un prédéfini libre. ~

En haut se trouve la liste des titres qui m'ont servi de sources d'inspiration.(Les paroles de la rhapsodie ont majoritairement été inspirés de Bohemian RhapsodyThe Good, The Bad And The Dirty et Mercenary.



"Sanglante Rhapsodie."


 « Jour maudit… Ce terrible jour où Yue a osé abuser de la confiance et générosité de Shun, en prenant le contrôle d’Aenea, le plongeant dans les ténèbres du désespoir. Mais plutôt que de l’enterrer et d’oublier cette date fatale, il faut s’en souvenir. Car maintenant que la Déesse s’est affaiblie pour nous, nous devons continuer le combat à sa place. Rien n’est fini, Yue peut réapparaître à travers certains de ses enfants dont il a corrompu l’âme, et cette date fatidique est là pour nous le rappeler. C’est pourquoi, même ce jour a sa place dans les rites religieux. »


     Ses yeux s’ouvrent soudainement sur l’obscurité. Membres ankylosés. Son esprit embrumé émerge lentement. Une mèche de cheveux lui retombe devant  les yeux. Elle veut l’enlever. Elle doit l’enlever. Elle déteste cette sensation. Un léger mouvement de tête, un gémissement étouffé. La douleur prend sa source à la base de son cou et semble se propager dans tout son corps. Enlever cette mèche. Vite. Il fait froid. Il fait chaud. De la sueur dégouline sur son front, sur son menton, le long de sa gorge. Un frisson lui parcourt l’échine.


     Bouger. Pourquoi ne peut-elle pas bouger ? Quelque chose, non loin d’elle. Elle l’a senti. Qu’est-ce que c’est ? Toucher une surface. Trop près. Beaucoup trop près. Du velours ? Du velours. Partout, devant elle, au-dessus d’elle, derrière elle, sous elle. Avancer. Impossible. Reculer. Impossible. Trop serré. Beaucoup trop serré. Elle lève la tête. Ses lèvres gercées rencontrent l'épais tissu, une odeur âcre s’infiltre dans ses narines. Elle ouvre la bouche, cherche son air et aspire la poussière. Elle tousse, sa gorge s'irrite, s'enflamme. Très vite, elle se rend compte qu'elle est dans une boîte aux dimensions à peine suffisantes pour que son corps puisse y tenir.


     Claustrophobie. Son cœur s’affole.
     Tout, mais pas ça, pas maintenant.
     Elle s'agite. Elle panique. Elle étouffe.
     Sortir. Sortir d'ici à tout prix.


      Elle tâte les parois, cherche désespérément un creux, une bosse, un mécanisme. Rien. Sa respiration s’accélère, elle tambourine contre la surface recouverte de tissu. Elle veut hurler, mais rien ne s’échappe de sa gorge sèche. Les larmes menacent de couler, et lorsqu’un violent choc lui fait perdre toute notion de structuration spatiale, les perles salines sillonnent lentement ses joues.


     Face contre terre, elle serre les poings, enfonçant ses ongles trop longs dans la paume de ses mains. La douleur revient, plus intense que jamais. Elle traverse son corps par décharges, s’infiltre dans chacun de ses membres, lui serre la poitrine et compresse violemment sa cage thoracique. Elle tente de lever la tête et ouvre les yeux, sans rien voir. L’eau salée dégouline dans son cou et se mélange à une substance visqueuse. Elle ouvre la bouche et crache une gerbe de sang à moitié coagulé, mélangé à une épaisse poussière au goût amer. Diverses horribles fragrances l’assaillent : l’humidité, la moisissure, la pourriture, l’odeur de ce fluide carmin qui la souille. Son sang. Un haut-le-cœur, et la bile remonte dans sa gorge pour jaillir hors de sa bouche. Le liquide jaunâtre se répand sur ses mains et se mélange. Ses cheveux noirs trempent dans cette mixture gluante tandis que l’acidité lui attaque la gorge.


     Elle se redresse sur les coudes et un cri de douleur franchit la barrière de ses lèvres. Sa vision est brouillée par ses larmes, mais elle distingue une lueur non loin d’elle, à sa gauche. Un rectangle de lumière blanche crevant la pénombre. Une lueur d’espoir. Elle veut s’y raccrocher de toutes ses forces, elle veut fuir l’obscurité, cette effrayante obscurité emplie de monstres, qu’ils soient chimériques ou non.
 
     Alors, elle rampe. Elle s’éloigne du velours et rampe sur le sol froid, tremblante, frissonnante. Comme une bête affamée, elle rampe, la bouche ouverte, la langue pendante, se déplaçant comme elle peut avec ses membres meurtris. La lumière bleuâtre se rapproche, reflétée par une plaque de verre. Enfin, elle trouve le miroir et y plaque ses mains pour se lever. La vérité l’atteint comme un coup de poignard en plein cœur : son reflet la fixe. Un reflet horrible, et derrière lui, le décor d’une scène horrifique, qu’elle reconnaît sans peine, à présent. Parcourue de tremblements incontrôlables, elle étouffe ses sanglots et se force à s’observer.


     L’enfant est nue, nue comme un ver. Bancale, elle se maintient tant bien que mal debout, menaçant de s’effondrer au sol. Sa peau blanchâtre est couturée de cicatrices, marquées au fer rouge dans son esprit. Les plus légères sont des bleus, des marques violacées, comme si on l’avait fouettée. D’autres sont énormes et profondes, à tel point que l’on a recousu son épiderme. Son corps entier semble fait en patchwork, et cet aspect est souligné par des traces de brûlures noirâtres. Une poupée de chiffon. Un excès de rage lui secoue les entrailles lorsque son regard s’arrête sur son visage maculé de sang brunâtre et encadré par des mèches charbonneuses et collantes. Ses lèvres meurtries se prolongent sur ses joues par d’épais fils de fer rouillé, et ce faux sourire métallique luit lorsqu’elle se retourne afin de scruter les lieux. La vaste pièce est faiblement éclairée par les rayons de l’astre nocturne, et on peut y discerner la plupart des formes. Le long des murs en pierre s’étendent deux rangées de luxueux cercueils de différentes dimensions.


     Son regard se pose sur le sien, dont le couvercle gît par terre. Mais il n’est pas le seul à se distinguer des autres. À sa droite, elle voit subitement l’un d’entre eux s’ouvrir. Ses dimensions sont largement plus grandes, il surplombe les autres. Tétanisée, elle le fixe, la gorge serrée. Ses jambes se dérobent sous elle. La jeune fille glisse le long du miroir, sans un bruit, pour finir agenouillée au sol. Elle se rend soudainement  compte Elle se rend soudainement que la pièce, longue et étroite, est totalement silencieuse, que seuls les pas de la silhouette obscure résonnent, et que le propriétaire de cette dernière l’avait donc parfaitement entendue crier, donner des coups, pleurer, gémir et ramper au sol.


     La lumière astrale dévoile un jeune homme entièrement vêtu de noir. Ses vêtements ne laissent pas apparaître la moindre parcelle de peau. De fins motifs vert impérial parsèment son costume de satin, et une cravate en soie est négligemment nouée en une sorte de nœud à deux boucles autour de son cou. Le regard de la fillette s’attarde sur le visage de l’inconnu, dissimulé par un masque noir de jais, aux courbes serties d’émeraudes étincelantes. Sa forme singulière, rappelant vaguement celle d’une moitié de yin-yang, ne laisse apparaître que son œil gauche, et la partie inférieure droite de son visage.


      Un éclair de lucidité lui traverse l’esprit. L’homme se rapproche dangereusement. Une montée d’adrénaline pulse dans ses veines, et elle se met à courir. Lorsqu’elle passe à côté de lui, il n’esquisse pas le moindre geste, ne tente même pas de la rattraper. Mais un large sourire étire ses lèvres quand il l’entend crier. Il se retourne alors, rejoint la gamine étendue au sol, se tenant la cheville. Il la recouvre alors du tissu blanc qu’il tient, puis la soulève. Elle se débat faiblement tandis qu’il la ramène sans peine devant la plaque de verre. Dans le miroir, elle distingue le roux de sa chevelure en bataille, surplombée par de longues cornes noires. Un spasme secoue son corps frêle, mais il la maintient fermement face à son reflet.
 
- Arrête de gigoter. Je ne vais pas te manger, je les préfère moins plates. Pauvre enfant… Tu vas finir par mettre du sang partout.


     Le regard incertain de la jeune fille croise l’iris verdâtre du rouquin, et ce dernier perçoit le léger tremblement qui secoue sa lèvre inférieure. Il paraît s’adoucir un instant et s’accroupit à côté d’elle, toujours face au miroir.


-          Écoute-moi bien, je ne vais pas te faire de mal. Tu sais où tu te trouves, pas vrai ? Et tu sais de qui te viennent ces blessures, n’est-ce pas ? Je vais être franc avec toi. Dans ton état actuel, tu ne peux en aucun cas espérer survivre bien longtemps. Mais je vais te donner une opportunité unique, une opportunité que toutes les victimes précédentes n’ont pas eu la chance d’avoir avant d’être rattrapées par le temps. Je peux t’offrir une nouvelle vie, si tu acceptes d’abandonner celle-ci.


     Un long silence s’ensuit. La brune demeure immobile tandis que ses pensées s’entrechoquent. Ses petits poings agrippent fermement le tissu immaculé, bariolé du sang frais suintant de ses plaies. Doit-elle se raccrocher à un concept si abstrait ? Le désespoir se lit dans ses yeux vides. Elle pense à sa famille, au peu d’amis qu’elle avait, à sa joie lorsqu’elle avait appris que l’éthique allait lui être enseignée par une des nobles les plus influentes de la cour du roi. Que s’imaginait-elle en arrivant ici ? Sûrement tout, mais pas ça. Qu’a-t-elle à perdre, avec ce démon ? Elle a déjà tout perdu. Elle le sait. Lui aussi. Elle ne pose aucune question à l’inconnu, ne cherche même pas à savoir en quelles circonstances il s’est retrouvé ici, ni pourquoi il cherche à l’aider. Un simple hochement de tête, et il la soulève à nouveau. La petite passe sa main derrière sa nuque et s’y accroche tandis qu’il désigne du menton le coin opposé de la pièce.


  Lorsqu’elle se retourne, elle y distingue une sorte de trône, une table basse et une silhouette en bois, habillée d’une tenue digne d’un noble. Perplexe, elle ne dit mot lorsqu’il l’installe sur le luxueux fauteuil. Il manipule avec précaution ses membres douloureux et parvient sans peine à lui faire enfiler la robe violette, ainsi que de longs gants noirs et des bas assortis. Cela a-t-il le moindre sens ? Peu importe, la fillette continue de l’observer en silence.


      Sur le meuble se trouvent une fiole incurvée contenant un liquide blanc nacré, et un bien étrange accessoire. Il semble constitué d’un diadème argenté surmonté d’une améthyste en son centre. L’objet se prolonge sur les côtés par de longues plumes noires, et est rattaché à un masque similaire à celui du démon, aux couleurs de la robe. Il lui tend le récipient, et elle scrute d’un air méfiant la substance.


- Crois-moi, tu iras beaucoup mieux ensuite.
- Qu’est-ce que c’est ?
- Un médicament très efficace. Bois-le, sinon je ne peux rien faire pour toi. Et tu moisiras ici encore longtemps…


      À vrai dire, le démon n’a qu’une vague idée de ses effets, et se garderait bien de l’avouer. Il ne fait que suivre les instructions, après tout. Le reste, ce n’est pas de son ressort. Il a eu ce qu’il veut, il ne fait que payer son dû. Son regard bienveillant sonde la jeune fille.


- Fais-moi confiance.
 
     Il débouche alors l’objet et porte le goulot aux lèvres de l’enfant. Toujours aussi docile, elle avale le fluide âcre sans broncher, malgré le haut-le-cœur qui lui retourne les entrailles.
 
- Quel… Quel est ton nom ?
- Seth. Seth Furkhar. J’aurais aimé te rencontrer en d’autres circonstances, Lysa.
- Comment…
- N’essaie pas de lutter, cela ne dure qu’un instant.


      L’humaine cligne difficilement des yeux, et l’image trouble du roux penché au-dessus d’elle se grave dans sa mémoire juste avant qu’elle ne lâche prise et laisse les ténèbres l’envahir. Le messager prend alors le diadème et le pose sur la tête de l’ingénue. Il fronce les sourcils lorsqu’il aperçoit le masque épouser parfaitement la forme de son visage et ses extrémités s’écouler jusque dans son cou. Le fluide argenté paraît se mouvoir, contrôlé par une magie invisible, puis semble absorber la peau, prenant la même teinte que celle-ci. Un léger frisson parcourt l’échine du jeune homme, et il se détourne d’elle quelques secondes pour rejoindre le miroir.


      Il n’en faut pas plus pour qu’il entende des talons claquer sur le sol. Sans la voir, il devine sans peine le résultat. Un sentiment de culpabilité naît en lui, mais il est rapidement chassé par le reflet que lui renvoie la plaque de verre.


- Tu veux te venger, n’est-ce pas ? Tu ne dois pas laisser passer cette chance. Cette nuit, tu peux accomplir tout ce que tu veux. Ne laisse jamais un désir inassouvi te pourrir de l’intérieur. L’heure de la vengeance a sonné, Lysa.


     Silence. Un large sourire orne le visage de la brune. Le buste droit, elle a retrouvé sa prestance de jeune noble. Déterminée et sûre d’elle, elle tourne sur elle-même pour s’observer dans la glace. Sur son corps, la majorité des blessures a disparu, et ses nombreux hématomes sont cachés par le tissu de ses vêtements.


« Est-ce la vraie vie ? Est-ce juste un rêve ? »


-  Je me sens beaucoup mieux.


      Et elle tourne les talons. Elle s’engage dans l’obscurité et longe les cercueils. Le démon se retourne et l’observe. Elle atteint le premier cercueil et y donne un violent coup de poing. Elle fait de même pour le cercueil situé à l’opposé. Il arque un sourcil. Elle continue sur le reste, de plus en plus vite. Sa respiration s’accélère, devient sifflante. Elle court presque, mais s’arrête net lorsqu’elle arrive à l’un des derniers de la rangée de gauche, à peine plus grand que le sien. Un cri étouffé retentit. Elle donne un deuxième coup, puis un troisième, et attend. Ses mains se mettent alors à palper frénétiquement la boîte capitonnée. Un cliquetis résonne faiblement lorsque ses doigts rencontrent une pierre rouge, incrustée dans l’ébène. Le couvercle coulisse alors, dévoilant un corps prisonnier.


      Une fraction de seconde s’écoule. Seth s’approche. De là où il est, il est incapable de déterminer qui s’est jeté sur l’autre en premier. Ils roulent sur le sol, et leur combat de chiffonniers cesse bien vite. Lysa maintient un jeune garçon contre les dalles froides. Son regard vairon est la première chose qui frappe la jeune fille. Elle se penche alors et lui chuchote quelque chose à l’oreille, inaudible pour l’adulte.


- Ne perdons pas notre temps ici. À moins que vous ne préfériez pourrir dans cette pièce, objecte le rouquin, indifférent à l’absurdité de la situation.


      Il les guide dans un escalier en colimaçon, puis dans un couloir faiblement éclairé, aux couleurs froides. Un coup d’œil derrière lui pour s’assurer que les deux enfants le suivent sans s’entretuer, et de couloir en couloir, l’atmosphère devient de plus en plus douce et agréable. Les teintes ternes sont remplacées par du rouge, du doré. De magnifiques tableaux et draperies ornent les murs, et des lustres étincelants diffusent une lumière chaude et tamisée. Enfin, un grand escalier de marbre, tapissé de velours sombre, leur ouvre la voie jusqu’à une gigantesque salle de réception. Elle est emplie de monde, et le brouhaha de la foule leur parvenait sans peine, un étage au-dessus.


- Quel jour sommes-nous ?
- Nous sommes le trente-et-un octobre. Tu en doutais, Lysa ?


      Au pied de l’escalier, le démon se retourne et observe le visage inexpressif de la fillette. Les deux enfants doivent avoir une dizaine d’années, tout au plus. Il scrute le petit garçon étrangement silencieux, qui n’avait pas daigné lui adresser la parole. L’un de ses yeux est vert, l’autre est violet, et son visage, traversé par une large balafre pourpre, est encadré par des mèches brunes. Sa tenue, noire et déchirée, lui assure un certain camouflage parmi les enfants déguisés qui s’amusent à courir entre les adultes.


- Bienvenue au château de Čachtice ! Amusez-vous, je vous promets qu’il y aura de l’animation, ricane-t-il avant de disparaître dans la foule, sans remarquer la légère brume qui plane au-dessus des convives costumés.


     Au fond de la salle trône un énorme piano à queue, qui attire immédiatement Lysa. Son regard s’illumine et elle fend la foule pour se diriger vers l’imposant instrument, suivie du jeune garçon qui jette des regards méfiants autour de lui. Cette aura malsaine, oppressante, il la sent très bien, mais ne sait pas d’où elle provient. Il heurte un noble à l’air peu commode et s’empresse de s’excuser, la mine contrite, avant de continuer son chemin.


- Ton nom, murmure la fillette lorsqu’il la rejoint près du piano.
- Alfin, lâche-t-il froidement, la main droite serrée sur la dague fraîchement subtilisée.
- Enchantée, Alfin, elle répond avec un faux sourire, alors que les premières notes d’un nouveau morceau résonnent dans la salle.


      Le pianiste, vêtu d’un manteau rouge et d’un chapeau haut-de-forme, adresse un sourire chaleureux aux invités, et très vite, la brune remarque qu’il porte l’un de ces étranges masques. La brume descend doucement et une vague de fraîcheur s’abat sur eux.


« La vérité, c'est que c'était voué à se terminer. »


     Les premières paroles réveillent la foule. La voix grave et suave de l’homme au chapeau paraît envoûter les gens. Radieux, la grande majorité d’entre eux se met à danser.


« Cette symphonie qui bourdonne dans ma tête… »


     Alfin frissonne lorsqu’il sent une fine pluie entrer en contact avec sa peau meurtrie.


« A pris un marché de saletés et l'a vendu comme l'été… »


  L’ingénue fixe les mains gantées de blanc du musicien, qui se déplacent avec aisance et légèreté sur les touches.


« Il est vrai que toutes les petites filles sages se tiennent tellement bien… »


     Alfin se fige soudainement. Seth, à une dizaine de mètres d’eux, danse avec une jeune femme aussi grande que lui. Bien qu’elle soit vêtue de noir et de doré, ses cheveux blancs, le diadème et le masque la rendent parfaitement reconnaissable à ses yeux.
 
« Jusqu'à ce que l’une d’elle n’attende pas son tour… »


      Le regard de la comtesse croise succinctement celui d’Alfin. La main de ce dernier se resserre sur son arme.
« Change le souvenir en pierre… »


     Le sourire du pianiste s’élargit tandis que les danseurs s’exécutent de plus en plus vite.


« Et sculpte ton épaule. »


     Personne ne se soucie des paroles insensées. À l’opposé, le démon et la blanche sont les seuls, hormis Alfin et Lysa, à ne pas suivre le rythme de plus en plus effréné.


« Hey, sainte nitouche… »


      L’homme en rouge adresse un clin d’œil à Lysa. La comtesse tient une coupe emplie d’un liquide sombre.


« Si tu veux commencer un combat… »


      Et les couleurs vacillent, se mélangent, les lignes se tordent, la réalité bascule.


« Tu ferais mieux de donner le premier coup. »


      Le verre se brise. Les danseurs ne sont plus que des ombres volatiles.


« Et si tu veux survivre à la nuit… »


     Un voile noir tombe devant ses yeux. La brume a envahi la salle, et le morceau se poursuit. Une note de plus, et ce sont des litres de sang qui se déversent sur la foule, imbibent les vêtements des convives, s’infiltrent entre les touches du piano, et réveillent l’appétit d’un jeune vampire affamé.Tels des robots, animés d’une frénésie ahurissante, continuent leur danse macabre. Les nobles pataugent dans le sang, s’épuisent à danser tandis qu’une volée de notes accélère encore le rythme.


     La faim lui tord le ventre, assaille ses entrailles. Partout, de la brume, du sang. Partout, des nobles. Partout, des proies. La substance qu’il goûte est sale et visqueuse. Il veut du sang frais. Le vampire jette son dévolu sur le malchanceux le plus proche. Sa gorge est déchirée et les crocs du jeune garçon s’y plantent avidement au son d’une nouvelle chanson.


« Maman, je viens de tuer un homme, j'ai mis une lame contre sa gorge…»


      Accroché à sa première victime, le petit vampire ne distingue que du rouge aux alentours et des formes imprécises, mais la voix résonne clairement à l’intérieur de son crâne.


« J'ai tranché sa jugulaire, maintenant il est mort...»


     Le hurlement de Lysa, plus strident que les autres, lui vrille les tympans. Il l’entend bouger. Par-dessus la douce mélodie de l’instrument, des os se brisent, de la chair se déchire. Il recrache du sang. Le gaz nocif qu’il a abondamment inhalé lui brûle la gorge.


« Maman, la vie venait juste de commencer...»


     Aucune trace de Seth, ni de la comtesse sanglante. Ces deux-là sont invisibles, inaudibles, dissimulés par des volutes de fumée. Des pas résonnent aux quatres coins du château, la tension est si forte qu’elle est presque palpable.


« Et maintenant, j'ai tout gâché.»


     Les bruits de coups se rapprochent. Alfin se lève, arme à la main, et plante sa lame maintes fois dans tous les corps étendus au sol contre lesquels il trébuche, comme pour s’assurer qu’ils soient bien morts.


- Belzébuth a fait mettre de côté un démon pour moi, pour moi, POUR MOI !


     La voix hystérique et éraillée de Lysa hurle à travers la brume. Un éclair fuse. Un énorme fracas retentit en un millier de fausses notes. Le gigantesque piano se renverse, écrasant une bonne moitié des cadavres. La main gauche d’Alfin se retrouve prise au piège sous le lourd meuble. Il hurle en entendant un craquement, suivi d’une douleur fulgurante.


S’échapper d’ici. Trouver la comtesse.


     Il tire de toutes ses forces, mais la douleur revient de plus belle. Des larmes de rage perlent au coin de ses yeux. Autour de lui, les ombres bougent. Elles se rapprochent.


     Il se mord la chair, l’arrache de toutes ses forces et la recrache. Son poignet est si maigre qu’il lui suffit d’une dizaine de bouchées pour sectionner entièrement les tendons, ligaments, muscles, peau et os brisés.


     Transi de douleur, il se relève péniblement. Un second éclair fuse, et cette fois-ci, semble atteindre sa cible. Seth se met à hurler, puis déverse un flot de jurons en s’étouffant à moitié. La voix de la comtesse lui fait écho.


- Alors, tu crois que tu peux me lancer des pierres et me cracher au visage ? Alors, tu crois que tu peux m'aimer et me laisser mourir ?


          Le rire de la blanche glace le sang du jeune vampire.


- Oh non, tu ne peux pas me faire ça, chéri… Tu ne peux pas me trahir. Pas avec lui. Pas avec Crimson Fuhrman. Pas pour des cornes… Pas même au prix de ta dignité…


     Le jeune garçon parvient à s’approcher suffisamment du démon et de la vampire. Cette dernière plaque brutalement le rouquin contre le sol de tout son poids. Sa voix se transforme presque en un murmure.


- Admire une dernière fois tes magnifiques cornes démoniaques. Celles-ci n’auront pas fait long feu.


     D’une main, elle maintient la tête du messager contre le sol, de l’autre, elle tient une lame étincelante, qu’elle abat férocement sur les longues cornes noires, des dizaines et des dizaines de fois, jusqu’à ce qu’elles se brisent entièrement, sous les hurlements et supplications du démon bafoué.


     Un vacarme effroyable. Alfin se plaque au sol, tenant toujours son moignon ensanglanté. Des bris de verre, des éclats cristallins, un nuage de brume qui s’évapore. Des fragments transparents se plantent dans ses mollets, ses cuisses, son dos, ses bras. Il relève la tête et observe la scène. Tout est calme.


     La comtesse est étendue sur le sol. Au dessus-d’elle, telle une cage dorée, un énorme lustre. Elle est immobile, et de larges bris de verre la transpercent de part en part. Le démon a disparu. Lysa se tient devant le corps de sa tortionnaire. En face d’elle, l’ange déchu la fixe, ailes sorties. Des centaines de plumes noires flottent dans l’air vicié et se répandent sans un bruit sur le sol. Personne ne bouge. 


     Seth s’est enfui. Elisabeth est morte.


  


     Sans réfléchir, Alfin se jette sur sa dépouille. Il lui arrache le diadème. Le masque, soudé à sa peau, s’arrache avec son épiderme, dévoilant sa chair à vif. Une main froide et griffue attrape le moignon sanguinolent du petit garçon, lui arrachant un cri déchirant. La vampire le fixe, et ses yeux vitreux transpercent son âme. Mais ses forces s’épuisent, ses yeux s’éteignent et elle lâche définitivement prise. La diadème lui appartient, à présent. Il le pose sur sa tête, il glisse légèrement sur le côté.


     Le scientifique lui sourit, tenant dans ses bras le corps inanimé de la fillette.


- Qu’est-ce que cela fait, de se tenir là où tant de sang a coulé ? Qu’est-ce que cela fait, de voir mourir son pire ennemi ? Te sens-tu triste ? Enragé ? Heureux ? Tu es une personne extraordinaire, Alfin. J’ai hâte de te détruire.


     Sur ces mots, l’ange déchu s’envole avec le corps de l’humaine, brisant une énorme vitre lorsqu’il s‘échappe du château de la défunte, laissant désormais seul le petit vampire.


°°°


- Esprits corrompus. Quatre âmes entrelacées par les chaînes de la causalité. Le premier, aveuglé par la vanité, le désir de laver son honneur et de récupérer une chimère, en repart encore plus souillé. Le second, petit être au mental d’acier, prisonnier d’un corps trop faible pour lui, couronné sur une montagne de macchabées, une rivière de sang, un château maudit. La troisième, petite ingénue fragile et sans défense, victime malchanceuse, a failli au combat. Et enfin la dernière, meurtrière endurcie, entité plus tenace que n’importe qui, essuie une défaite pire que la mort. Pire que l’Enfer, car elle n’est pas morte. Elle ne mourra pas. Pas maintenant. La Faucheuse n’a pas voulu de vous, mais elle vous a octroyé le plus doux des purgatoires. N’est-ce pas, mademoiselle Báthory ?


     L’enveloppe charnelle de Lysa fixe Crimson sans le voir et lui adresse un sourire figé.


- Les mots ne peuvent décrire le ravissement que je ressens en ce moment même de me retrouver à vos côtés, Fuhrman.

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